Extrait du Chapitre 15
Dans cet extrait du roman policier LES DISPARUS DE LA MONTAGNE NOIRE, les enquêteurs inspectent une grange dans une ferme à l'apparence abandonnée...
Les deux gendarmes sortirent de leur véhicule afin d’inspecter de plus près ce portail rouillé qui semblait hors d’âge. Une fois devant ce dernier, ils avaient une vue sur une vieille bâtisse en pierres, située à une bonne quarantaine de mètres de là.
« On entre ? demanda Malory à son supérieur hiérarchique.
- Oui. Étant donné qu’il n’y à pas de sonnette, allons au moins frapper à la porte de la maison », répondit le lieutenant.
La main droite de Malory vint saisir la poignée du portail, puis il la fit tourner sur un petit quart de tour. Il poussa ensuite très légèrement la structure métallique qui lâcha un grincement.
« On ne peut pas dire que l’entretien soit une priorité par ici... » dit-il à Brunek, avec un demi-sourire.
Ils passèrent le portail et entrèrent dans la grande cour pour arriver jusqu'à l'entrée de la maison. Brunek s’avança devant la porte, puis frappa trois coups. Après une bonne trentaine de secondes, il réitéra avec des coups plus appuyés, mais les secondes qui suivirent ne donnèrent aucun résultat. Machinalement, il tenta d’ouvrir la porte. Contrairement à celle du vieux portail, la poignée était bloquée.
« Bon, visiblement… c’est désert. Allons voir du côté de la grange », murmura Brunek, en tournant la tête en direction du large bâtiment, également en pierres, et à quelques dizaines de mètres de la maison.
Il n'y avait pas âme qui vive. Aucun véhicule à l'horizon. Il traversèrent lentement la cour, en inspectant les alentours par des va-et-vient de gauche à droite avec la tête. Et pendant ce temps-là, une pensée légitime leur traversa l’esprit. Que risquaient-ils de trouver dans cette grange ? Pourquoi ces diverses victimes se volatilisaient-elles ? Quel sort le suspect leur réservait-il ? En somme, il s’agissait de déterminer le mobile de ces disparitions.
La lourde porte d'entrée était fermée. En forçant un peu dessus, ils la firent coulisser jusqu’à environ la moitié de son ouverture complète. La lumière extérieure inonda les premiers mètres de l’entrée du bâtiment. En faisant un pas vers la pénombre, leurs yeux purent s’adapter rapidement à la différence de luminosité. Le lieutenant, qui cherchait l’interrupteur de la lumière, n’eut qu’à lever le bras pour l’enclencher. Il se trouvait à hauteur de visage accroché au mur de pierres. Le bruit caractéristique des vieux néons qui tentent plusieurs fois de s’allumer se fit entendre. Puis, la lumière de ces antiquités enfin stabilisée, l’ensemble de la grange devint visible. Bien sûr, pas tous les détails de ce capharnaüm. Mais cela était suffisant pour un rapide balayage du regard, car ils ne comptaient pas faire une perquisition. Ils n’en avaient pas le droit, puisque cela relevait du domaine privé, et ils n’avaient aucune commission rogatoire pour le faire. Il s’agissait juste de rentrer et d’inspecter superficiellement l'intérieur de cette caverne d’Ali Baba, comme pour chercher un éventuel interlocuteur.
Il jetèrent donc un rapide coup d'œil, puis sortirent de la grange sans avoir noté quoi que ce soit d'étrange entre ces murs. Ils firent coulisser à nouveau la porte dans l'autre sens pour fermer le bâtiment.
Soudain, pendant qu’ils s'éloignaient de celui-ci, l'adjudant-chef Malory s'arrêta net et demanda à son collègue :
« Qu'est-ce que c'était ça ?
- Quoi ?
- Tu n'as pas entendu un bruit bizarre ?
- Non, à part la nature, il n'y a aucun autre bruit qui paraît suspect…
- Cela venait de la grange ! »

